Au cœur des sens de votre plume !
Si la démarche reste sensiblement la même que pour mon atelier d’initiation (que je développe ici) les enjeux ne sont pas du tout les mêmes. En effet, l’atelier d’initiation s’expérimente sur une séance alors que le cycle régulier se déroule sur une année de septembre à juin. Cela représente douze séances pour les participant·es : dix séances de travail en ateliers et deux séances de partage. J’y reviendrai plus tard dans l’article. C’est donc un engagement de ma part mais aussi de celle des participant·es. Afin que vous puissiez davantage vous projeter, je vais tâcher de développer brièvement la coulisse d’un cycle d’ateliers réguliers d’écriture.
1 – Le choix de la thématique du cycle
Mes cycles réguliers d’écriture s’articulent toujours autour d’une thématique. Bien souvent, elle me vient en allant voir une exposition, en lisant, en regardant un film, en marchant, en découvrant un autre pays mais aussi et surtout en étant à l’écoute des envies des participant·es et en échangeant avec les personnes de mon entourage. J’ai la chance d’être entourée de personnes formidables ! ;)
2 – La préparation du cycle
Une fois que j’ai acté ma thématique (par exemple : les cinq sens) je vais chercher un titre (par exemple : Sens muets, sens aux aguets ! Pour mettre l’accent sur le fait que la perception ne se déploie pas de la même façon chez chacun·e. Une personne malentendante n’entendra pas de la même façon qu’une personne entendante etc.)
Après cela, je réfléchis au dispositif de l’atelier ; c’est à dire à ce que je vais mettre en place pour que les participant·es écrivent à partir de cela et de quelles façons ça peut alimenter leur travail d’écriture. Si par exemple, mon intention est de faire en sorte que les participant·es portent une attention accrue à leur sensorialité (ses potentialités mais aussi ses limites) en vue de développer une écriture qui soit plus proche de leurs perceptions sensorielles (odorat, vue, ouïe, toucher, goût) afin de travailler la singularité de leur rythme, de leur style ; alors je vais travailler la structure de mon atelier en conséquence. Ainsi, je vais réfléchir à des expériences sensorielles à la fois individuelles et collectives que nous pourrons mener, je vais chercher des œuvres (dessins, littératures, films etc.) à partir desquelles nous pourrons travailler, je vais aussi aller chercher du côté du documentaire, des récits etc. Toutes les matières sont les bienvenues dès lors qu’elles me permettent de tendre vers mon intention pédagogique.
3 – Le déroulement des séances
Il est sensiblement le même que pour l’atelier d’initiation. D’abord, je vous accueille avec du thé, du café et des mignardises, nous prenons ensuite le temps de nous relaxer quelques minutes avant de débuter le travail. Nous ne lisons pas la Charte de l’atelier à chaque séance mais je l’accroche ou la laisse à disposition des participant·es afin que vous puissiez vous y référer si besoin.
Nous débutons toujours par des mises en bouche destinées à réveiller le muscle de l’imagination, parfois endormi par le quotidien puis nous rentrons progressivement dans le vif du sujet. S’ensuit les lectures, l’écoute et les retours. En fin de séance, je vous propose un temps de lecture des textes que vous pouvez écrire entre deux séances à partir d’une invitation à écrire que je vous ai suggéré la séance précédente et à l’issue duquel nous ferons des retours afin que ça vous aide à approfondir le travail d’écriture. Chaque participant·e s’appuie donc sur le groupe pour explorer, creuser, déployer la singularité de son écriture. La régularité des séances et l’engagement des participant·es dans le processus est un véritable atout.
4 – Le temps de partage comme continuité de l’atelier
Une autre spécificité de l’atelier régulier est de réfléchir collectivement à un temps et une forme de partage avec l’extérieur qui convienne au groupe. En effet, nous réfléchissons ensemble à la meilleure des manières de laisser une trace du travail effectué en atelier pour le groupe mais aussi pour les personnes externes et avec qui on souhaiterait partager ce processus de création. Il peut s’agir d’un recueil collectif, d’un temps de partage dans un espace public, d’une performance, d’une installation à partir des textes écrits etc. Tout est ouvert. Ainsi, l’année dernière, avec les participant·es de l’atelier, nous nous sommes associé·es à la médiathèque Joséphine Baker et au Conservatoire Charles Gounod pour célébrer le Printemps des poètes.
L’enjeu est donc de choisir ce qui est partageable ou non. Qu’est-ce qui reste dans la cuisine interne de l’atelier et qu’est-ce qui est exprimé à un public ? Autrement dit, il s’agit de travailler sur ce que l’on souhaite restituer de l’aventure collective à un public. Cette dimension de partage n’a pas pour objectif d’arrêter le travail ou de faire quelque chose de « fini ». Au contraire, c’est un moyen de le poursuivre mais autrement qu’à l’intérieur de l’atelier.
Bien évidemment, chaque participant·e peut réfléchir à la manière dont il ou elle veut s’impliquer dans ce travail. Si le choix collectif porte sur un partage dans un lieu public, tous les participant·es ne sont pas obligé·es de lire leurs textes. En revanche, chaque participant·es doit réfléchir à la manière dont il ou elle va s’investir dans ce temps de partage. Il ou elle peut s’investir dans l’organisation, par exemple. Si en revanche, le groupe ne souhaite pas forcément que ça prenne la forme d’une lecture, nous réfléchirons ensemble à une autre forme.
En résumé : le cycle régulier demande un engagement de la part des participant·es car le processus de création repose sur une dynamique de groupe qui se travaille sur le long cours. Les séances se déroulent sensiblement de la même façon que dans le cadre d’un atelier d’initiation mais il y a une possibilité d’écrire entre les séances et de partager cela avec le groupe. L’enjeu du temps de partage avec l’extérieur et de sa forme est une autre des spécificités du cycle régulier.
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